La plasticité cérébrale, on en parle sans en parler, on en parle mal. Dehors, la pluie mouille la chaussée, la réalité devient glissante, on aimerait chanter en allant à une réunion, on n’y arrive pas. La plasticité cérébrale, on en parle pour dire tout et son contraire, on en parle mal, — et encore — quand on en parle. Un homme a vécu vingt ans avec une barre de fer dans la tête sans se plaindre. On lui a enlevé la barre — il est mort. Son chien, vieux au moment des faits, a aboyé une élégie émouvante. La barre de fer a disparu dans l’indifférence générale. Que faut-il retenir ? Après toutes ces années, que reste-t-il de vrai dans cette histoire ? Lorsqu’on remplace toutes les pièces d’une voiture, est-ce encore la même voiture ? Et les neurones ? Nous savons désormais qu’ils ne sont pas forcément d’accord les uns avec les autres. Mais est-ce qu’ils chantent quand l’un d’eux disparaît dans des circonstances étranges ? Font-ils une marche, comme les éléphants ? Là, les cerisiers japonais sont sur le point de fleurir. La Terre entière attend ce moment, y participe à sa façon. Depuis les salles de réunion qui sentent la moquette neuve, des esprits récalcitrants se mettent en chemin. Ils quittent les corps immobiles, se laissent aspirer par la ventilation, partent en direction des cerisier du Japon. Guidés par un instinct géographique infaillible, comme les oiseaux migrateurs et les anguilles.
