Les pigeons sont gris — ce qui est très intelligent, je suppose, dans des villes grises ou à dominante grise, comme celles qui nous entourent. En les étudiant, les pigeons, on obtiendrait facilement la gamme complète des gris urbains observables, des gris classiques, familiers, que les volatiles ont su adopter pour se fondre dans le paysage d’origine humaine. Quelle capacité ! Cependant, lorsqu’on regarde de plus près, ils sont aussi — je ne sais pas comment cela s’appelle officiellement — disons qu’ils sont un peu « irridescents ». Il y a dans leurs colliers quelque chose de précieux, qui viendrait peut-être de leurs cousins les paons, ou de leur lointain passé de perroquets dont ils n’ont pas eu le cœur de se séparer. Est-ce que vous en savez quelque chose ? Nous sommes en droit de les soupçonner de nous cacher des trucs, il me semble. Des délires colorés invraisemblables, totalement invisibles aux yeux humains, j’en suis sûr. Y a-t-il des lunettes pour ça ? Des filtres du type « infra-gris » pour y voir plus clair ? Je prie les personnes disposant d’informations fiables de venir les partager, par l’amour de la couleur ou pour tout autre raison.
Mois : février 2026
Poulet entier sans tête
Tout allait bien jusqu’à ce que je croise, au rayon frais du magasin, un « Poulet entier sans tête. » Depuis, quelque chose a changé, sans qu’il me soit possible de clairement affirmer quoi. Est-ce un signe que nous vivons effectivement dans une gigantesque simulation ? Un phénomène annonciateur de quelque chose d’inconcevable ? Des jours sont passés mais je ressens encore le frisson qui m’a parcouru au moment où mon regard s’était posé sur cette étrange étiquette. Si cela est possible, me suis-je murmuré, alors… qu’est-ce qui ne l’est pas ? Puis je me suis dépêché vers la caisse, où il n’y avait pas plus de monde que d’habitude. Ni moins, pour tout dire.
Skeleton
Comme tout ceci est mystérieux ! Et contre-intuitif ! Heureusement que nous ne savons pas ce que nous pensons, les bras nous en tomberaient. Un petit voile nuageux s’installe, le weekend approche, toutes les radios ne parlent que des J.O. Ah bon ? Parce que vous aussi vous voulez en parler ? Mais je n’aurai rien dire, c’est évident ! Enfin — si, quand même, — il y a des choses étonnantes, par exemple cette nouvelle discipline appelée « skeleton », vous voyez ? Ce serait comme la luge mais à plat ventre la tête en avant dans le tunnel pour encore plus de sensations d’être projeté dans une sorte d’intestin intergalactique à une vitesse proche de l’impensable absolu. J’en ai entendu parler à la dernière édition des jeux, soit quelques jours avant l’invasion de l’Ukraine, la veille peut-être, et je fus assez impressionné par cette proposition. Quatre ans après, hélas, je n’en pense pas forcément plus — je parle du « skeleton », bien sûr — mais je me méfie un peu plus de ce qui est sur le point de s’inventer discrètement à Milan. Au fond, rien que le fait de parler des « jeux » me terrifie légèrement. (Mais il est vrai que le théâtre romain était lui aussi particulièrement cruel, même si là c’est encore une autre histoire.)
